" Le désespoir des singes " est un arbre appelé ainsi en Europe depuis son importation en Angleterre vers 1850, où le premier importateur imagina que les singes ne pourraient pas y monter du fait que les feuilles de cette espèce sont très rigides et pointues, presque épineuses .
Cela dit, il n'y a pas de singes au Chili où on ne l'appelle pas ainsi. Son nom chilien est "pehuén", et une des tribus Mapuches, les Pehuenches, porte son nom car elle se nourrissait beaucoup de ses graines. Araucaria Araucana est l'arbre national du Chili.1
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Dans son travail récent, au titre générique "Le désespoir des singes", Antoine Palmier-Reynaud propose un ensemble de travaux dont le point commun pourrait être l'environnement social et culturel français dans lequel l'artiste a grandi. Revenant sur les moments fort de son immaturité, de l'enfance à l'adolescence, ses dernières productions exploitent divers procédés théoriques et techniques à des fin d'implosion.

 Si il s'agit bien pour l'artiste, de se (dé)placer, par des références fortes aux formes, dans les interstices et les mots de passe de l'art, dans les esthétiques et les idéologies qui sont en jeu; il est pour lui surtout question de sublimer la digression. En quelque sorte, il s'agit d'exposer autant qu'exploser, d'imploser autant que d'imposer son travail; expérimentant à cet effet toutes les formes de la distorsion et de la saturation.
Mais l'artiste tend aussi à célébrer cette immaturité à l'oeuvre, autant que les révoltes adolescentes, l'impertinence, les guenilles, les masses graveleuses, le sucre et le tintamarre .

Après un séjour à Bangkok, en Thaïlande, où il vit, sa série a pris corps dans un certain recul vis-à-vis de son activité artistique, entre la mégalopole thaï et les îles d'Asie du sud-est. C'est depuis ce détachement et par la pratique d'atelier que l'artiste aime à dire qu'il "revient aux affaires de l'art" par "Le désespoir des singes". Un retour de chapeaux de roue et de toute une panoplie fumée qu'Antoine Palmier-Reynaud tend à revendiquer.
Une panoplie plastique et réflexive à l'évidence. 
Dans cette série, il jette un regard à la fois amoureux et cynique, tendre et froid, distordu et amusé sur le quotidien des classes populaires françaises auxquelles il appartient . Il s'en approprie la culture , mais aussi ses travers et ses paradoxes .
 
 A titre d'exemple, dans son travail "Et si il s'agissait de paranoïa critique entre le frigo et la télé-réalité?", l'artiste fait laquer et cuivrer, par un processus industriel, des jougs de boeufs. Traditionnellement utilisés dans le monde agricole pour tirer des charges lourdes, ils sont aussi utilisés comme des éléments de décorations populaires, dans un sens profond de la nostalgie. A l'outil/objet déco, il accole une masse informe de mousse polyuréthane et de chantilly fraîche qui se mêle aux veinures du bois .
Entre Marge Simpson, les perruques bourgeoises, les laques d'objets semi précieux et l'outil anachronique, sans cocaïne, il semble poser les questions suivantes :
Qui sont les boeufs de cette charrue qu'il faudrait définir? A -t-on placé la charrue avant les boeufs?

Dans sa fascination tout azimut pour les paranoïas critiques des surréalistes, l'oeuvre de Tandeuz Kantor, les sculptures de Jim Shaw, la poésie de William Blake, ou le cinéma de Méliès et de Kyneth Anger, Antoine Palmier-Reynaud place malgré tout sa pratique dans un art générationnel. Emocore. Pour "Emotif-hardcore". Du nom de la musique qu'il écoute ( au Louvre, lorsqu'il observe les toiles de Rembrandt)...
Comme s'il s'agissait pour lui d'une nécessité de s'influencer autant des cultures dites de masses, que des traditions artistiques historiques (celles du romantisme et du nouveau réalisme, mais aussi de l'expressionnisme allemand, de la peinture fantastique, de l'abstraction lyrique, du surréalisme belge, du dada pataphysique, du symbolisme héroïque, de l'arte povera) pour en ouvrir les portes dérobées.

Niant l'idée de démarche, refusant les luttes esthétiques, jouant des formalismes et des postures, il semble avoir fait siens les propos du Docteur Clérambault, tenus dans le cadre d'une discussion de la société médico-psychologique en 1929, puis reportés dans le Second Manifeste du Surréalisme en 1946:

"Les artistes excessivistes qui lancent des modes impertinentes, parfois à l'aide de manifestes, condamnant toutes les traditions, me paraissent, au point de vue "technique", quelques noms qu'ils se soient donnés (et quels que soient l'art et l'époque envisagés), pouvoir être qualifiés, tous, de "Procédistes". Le "procédisme" consiste à s'épargner la peine de penser, et spécialement de l'observation, pour s'en remettre à une facture et
une formule déterminées du soin de produire un effet lui-même unique, schématique et conventionnel: ainsi on produit rapidement, avec les apparences d'un style, et en évitant les critiques que des ressemblances avec la vie faciliteraient. Cette dégradation du travail est surtout facile à déceler sur le terrain des arts plastiques; mais dans le domaine verbal elle peut être démontrée tout aussi bien. Le genre de paresse orgueilleuse qui engendre ou qui favorise le procédisme n'est pas spécial à notre époque."

Titrée "Et puis une pop romantique fumée, Emocore en fait, tu vois.", une autre de ses pièces issue de la série, présente en ce sens une "juxtaposition-paradoxe" simple, puisqu'elle mêle d'un geste l'ensemble de ces "traditions" citées plus haut. Ici, l'artiste insère à la hache, dans une poutre en chêne massif, des ailes d'ange "factices" achetées sur internet . Violettes. L’accessoire semble être installé là pour figurer la fameuse coiffe punk:
la crête. Issue de la structure porteuse de la maison familiale de l'artiste, la poutre aurait été abandonnée, selon ses dires , par père et mère dans
le jardin. Lui, aura pris soin de laisser apparaître et de signaler, au travers du cartel, l'ensemble des éléments naturels qui se sont incrustés, au fil du temps, sur le bois: terre, vers de bois, herbe, champignons, escargots, mousse...
Résumant ici sa technique à un coup de hache, à un geste d'achat, d'appropriation, de soulèvement d'objets et de fixation par l'image, il ne compose pas moins avec la structure même du cartel: seul espace littéraire et critique disponible à l'artiste dans le cadre de la tradition artistique européenne. Et Antoine Palmier-Reynaud exploite cet espace "à côté" de l'oeuvre, pour en investir tous les paramètres, sans pour autant se
ranger dans l'art conceptuel. Il construit "un monde para-matériel" aux oeuvres par leur description et leur titre, métamorphosant sans cesse le statut du travail (performance sculptée? sculpture performative? photographie? archive? dessin? protocole gestuel?).
 
C'est dans cette même logique que se place son travail d'action où, non sans malice, il parfume et "performe" ses sculptures, moins par souci de senteur que par fascination pour le titre du parfum lui-même (Jardin de Bagatelle Abeille Blanche de Guerlain, Lady Million de Paco Rabanne, Allure de Chanel, déodorant Axe Anarchy, etc...). Par là, il associe des gestes et des mots aux sculptures. Par l'odeur.

Aussi, par les sites qu'il exploite et dans lesquels il installe des sculptures autonomes, il s'approprie la notion d' "in situ" pour la transformer en un "in sculpture". Comme un prolongement, voire un retournement du réel sur lui-même; bâtissant sur la part anecdotique qui compose aussi le monde des oeuvres. A l'instar des moulages de flaque d'eau, au plâtre coloré qu'il réalise par le biais de protocoles performatifs.

Pour son travail "Mylène-colline", sculptures réalisées à partir de bouées gonflables et de plâtre, il organise une séance photo de ses sculptures dans un skatepark. Dans "Versus galaxy", depuis un stade de rugby, à Bangkok, il fait voler une de ses sculptures à l'aide d'un cerf-volant.
Dans "Amnitic fluid", il diffuse, dans les rayonnages de télévisions d'un magasin "Fnac" (qui se compose d'une trentaine d'écrans haute définition), une vidéo rétrospective de son travail, générant ainsi une certaine fantasmagorie du "bien culturel" qu'il produit et qu'il aime à nommer "bestiole patrimoniale". Ou encore, lorsqu'il réalise sa performance "Washing pipeline" dans un car-wash de Bruxelles, où, dans chacun des postes de travail prévus à cet effet, l'artiste décrasse, lustre, lave, sèche. Le public assiste ainsi au lavage des oeuvres par leur propre créateur.

Bref.

Actions, objets, phénomènes, attitudes, anecdotes, humeurs, symptômes sont ses matières premières; et en manipulateur d'immatérialité, Antoine Palmier-Reynaud manifeste l'humour tangible d'un monde du non-sens.
Sa superbe et ses dérives,
Le pathétique d'un noeud aussi; un nid pourtant;
Des licornes...
 
 

Gas Barthély

Le désespoir des singes

© 2012 by Antoine Palmier Reynaud. All rights reserved.

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